Frisson 1
Un trou dans le mur
Aussi appelé "Gloryhole". Je crois en avoir découvert un à la fin du mois d'octobre de l'an dernier lors d'une de mes pérégrinations à bicyclette. Les toilettes d'une entreprise abandonnée dans une friche industrielle désaffectée. L'endroit est étrange et plutôt insolite. Je suis évidemment d'une grande prudence en m'aventurant dans ce genre d'endroit. J'ai profité de la proximité de deux familles qui visitaient l'endroit avec leurs enfants.
Certaine de ne pas être seule, je suis entrée à mon tour dans le premier grand hangar. Une sorte d'atelier où gisent encore des chaînes, des poulies, des crochets, des bacs en métal rouillé. Des moteurs éventrés au sol. Une vieille camionnette à moitié désossée. Dans le hall suivant, ce devaient êtres les vestiaires. Il subsiste là nombre de placards en métal gris. Des banquettes en bois. Un carrelage jaune. C'est à la fois sinistre et intrigant. "Creepy"...
Plus loin encore, ce sont les toilettes du personnel de l'époque où tout cela était fonctionnel. Des douches. Des cabinets de toilettes individuelles. Les portes ont disparu depuis longtemps. Les cuvettes de faïence sont défoncées, renversées. Le carrelage du sol est tout aussi défoncé. L'endroit respire l'abandon. Il y a ces pères de familles qui visitent aussi. L'un deux m'explique ce qui se fabriquait ici.
C'était une entreprise d'autobus et de transports qui a cessé ses activités à la fin des années 60. Le monsieur, très gentil et très courtois, est rejoint par sa femme et leurs deux enfants. Il me fait remarquer qu'il n'y a aucun graffiti aux murs. Ce qui démontre une totale absence de visiteurs. Il me conseille de venir voir en hiver. << Vous en aurez la chair de poule. Un vrai film d'épouvante ! >> précise sa compagne.
La maman et ses deux enfants quittent la grande salle nous laissant à nouveau seuls. Le monsieur, très serviable, continue à jouer au guide. Son père travaillait ici. Il y exerçait en tant que cadre. << Regardez ! >> me fait il en désignant un trou parfaitement rond dans une des cloisons qui séparent deux cabinets de toilettes. << A votre avis ? >> me demande t-il. Je suis soudain extrêmement gênée. Je crois comprendre. Je joue à l'innocente, à l'ignorante en ouvrant de grands yeux. Est il dupe de mon étonnement ? Je ne suis pas certaine de bien jouer ce personnage. Mauvaise comédienne.
Qui donc, à la vue de ce trou d'environ cinq centimètres de diamètre dans le mur, n'aurait pas une idée assez précise de son usage ? Ou au moins la suggestion d'une possibilité ? << Vous voulez voir ? >> me demande l'inconnu en entrant dans le cabinet de gauche. Je regarde le trou. Son index apparaît. Il le fait bouger. Je ne peux m'empêcher de rire un peu bêtement. Bien évidemment pour cacher mon trouble. C'est gênant ! J'éprouve soudain ce petit choc "électrique", presque douloureux, le long de la colonne vertébrale. Les petits picotements dans le haut de mon dos.
L'homme rajoute : << Si ça vous tente, je viens parfois faire des photos et des enregistrements sonores ici ! Je vous laisse mon 06 ! >>. Je ne sais quoi dire. C'est une proposition. Mais de quel ordre ? Il ressort du cabinet pour me tendre une petite carte qu'il tire de son blouson. Je la prends. Sa femme, ses enfants, ainsi que l'autre famille reviennent. L'autre homme dit : << C'est parfait pour les prises de sons ! >>. Je me dépêche de glisser la petite carte de visite dans la pochette "banane" que je porte autour de la taille. Mon leggings de lycra noir n'ayant aucune poche.
Je comprends qu'ils font des films d'horreurs en amateurs et qu'ils viennent chercher des effets spéciaux ici, dans les résonances particulières de l'endroit. Je les laisse. Je dois cacher le trouble qui m'obsède toujours plus profondément. Ce trou dans le mur, cet index qui en dépassait vicieusement, la proposition de l'homme, tout cela a considérablement éveillé ma libido. Je salue ces gens poliment en leurs souhaitant bon après-midi. Je file à toute vitesse sur ma bicyclette. Je retrouve le chemin qui longe la forêt sur ma gauche, les prés sur ma droite. Je suis très excitée...
Bisou
Le plaisir de voir. Le plaisir d'être vue. Le plaisir des émotions qui en découlent...
Frisson 2
NOTE
Je précise que je tire ces récits de mon Blog privé et personnel. Ce blog est un peu mon journal. J'y consigne l'intégralité de mes aventures. Toutes les choses vécues sont précieusement conservées là. Avec bien évidemment une protection totale. Sauvegardées sur deux disques durs externes. Je peux sélectionner ce que je désire partager. En voilà encore un extrait.
Un trou dans le mur (suite)
J'y suis retournée hier après-midi. Ce mardi 13 avril 2022 au froid vif et au vent cinglant. J'arrive vers 14 h30. Je gare ma voiture à l'entrée de la friche industrielle abandonnée. J'ai ma petite paire de jumelles. Je peux donc scruter l'entrée du hangar qui m'intéresse. Je reste assise au chaud en observant avec une grande attention. L'endroit est totalement désert. J'attends ainsi une bonne vingtaine de minutes.
Certaine d'être absolument seule, je sors de l'auto. Juste au moment où deux filles arrivent en VTT. Comment font-elles par ce froid hivernal ? Elles entrent dans la cour de l'entreprise désaffectée. Elles ne prêtent aucune attention à ma présence. Toujours est-il que je me sens encore plus rassurée par ces présences. Les deux filles doivent êtres des lycéennes vue leurs âges et leurs looks. Les anoraks.
Je traverse la cour à mon tour. Il y a des cris dans le premier hangar. Les deux cyclistes sont entrain de tourner en rond à toute vitesse sur leurs vélos. Elles doivent beaucoup s'amuser en poussant de véritables hurlements pour faire résonner le gigantesque hall métallique. Je continue pour pénétrer dans le second hangar. Vide. Déserté. Rien n'a changé depuis ma première visite l'an dernier au mois d'octobre.
Je retrouve l'endroit avec une certaine excitation. Du dehors, me parviennent les cris des deux filles. J'entre dans les vestiaires. Puis dans la salle du fond. Les anciens sanitaires. Je marche directement vers le dernier cabinet de toilettes. Le trou. Là, dans la cloison, cet orifice parfaitement rond semble comme un défi à la raison. Défiant toute logique. Pour un esprit rationnel, ce trou paraît même surréaliste.
Je me penche pour regarder. Le même cabinet de l'autre côté. Il y en six alignés là. Sans portes. Leurs cuvettes défoncées, cassées, arrachées. Mon cœur bat la chamade. Je me plais à imaginer ce sexe masculin qui pourrait apparaître soudain. Dans toute son irréelle présence affolante et pourtant si attirante. J'ai des frissons. Ce froid ne donne nulle envie de m'attarder. Les filles qui arrivent.
En vélo, elles parcourent le lieu. Elles me font << Salute ! >> tout en continuant à rire et à pousser des cris stridents. Elles accélèrent en tournant en rond. La salle doit bien mesurer cinquante mètres sur cinquante. De quoi faire des figures acrobatiques à bicyclettes. Ce qu'elles s'amusent à faire. Je leurs demande : << Vous venez souvent ici ? >>. << Tout les jours ! >> me répond la plus âgée.
Je demande : << Vous voyez parfois d'autres gens ? >>. C'est la plus jeune qui s'arrête, pose un pied au sol pour répondre : << On a déjà vu des dames et des messieurs. Mais quand ils viennent, on s'en va ! >>. L'autre fille rajoute : << Ce sont toujours les mêmes ! >>. J'évite bien évidemment de parler du trou et de donner mon avis. Ce sont des adolescentes. Peut-être même deux collégiennes.
Je me promets de revenir. Ça me plairait beaucoup de faire ma voyeuse ici. Il se passe forcément des choses si des couples se rencontrent en ce lieu. Je dis : << Salute ! >> aux deux coquines avant de m'en aller. Je reviendrai quand il fera meilleur. J'arrive à la voiture. Les deux filles passent à toute vitesse. L'une me crie : << Tu viens sans ton copain ? >>. Je réponds : << Je n'en ai pas ! >>.
Je m'assois. J'allume le moteur. Je regarde les deux filles s'en aller en faisant les clowns...
Bisou
Le plaisir de voir. Le plaisir d'être vue. Le plaisir des émotions qui en découlent...