Être vue
Ce jour là, je suis en forêt sur June, la jument que je monte durant les beaux jours. C'est un des trois chevaux que nous laissons en pension au centre hippique. Maman monte souvent avec moi. Papa un peu moins. Cet après-midi de juin je suis seule sur ce sentier. Il fait beau. Il fait doux. Je suis plongée dans quelques réflexions quand au DNB que je prépare et que je passe d'ici quelques jours. (Anciennement BEPC).
J'arrive à l'étang des trois chênes. En fait ce sont trois étangs d'environs cent mètres sur cent mètres. Entourés d'arbres majestueux. L'endroit est magique. À la belle saison il y a des pêcheurs. Il y en a d'ailleurs un, là-bas, de l'autre côté. Il est concentré sur l'hameçon jaune qui flotte à la surface de l'eau. Je descends du cheval que j'attache avec sa longe au tronc d'un acacias. Je reste derrière les genêts en fleurs.
J'ai toujours une toute petite paire de jumelles dans ma sacoche. Je la sors pour regarder. Elles grossissent huit fois. Suffisamment pour observer les détails qui m'intéressent. C'est un homme vêtu d'une tenue paramilitaire. L'âge de mon papy. Sans doute la soixantaine passée. Me voilà à nouveau dans mon rôle de voyeuse. J'ai soudain une fulgurance qui traverse mon esprit. Je passe ma main libre entre mes cuisses.
Je porte mon pantalon d'équitation. Aussi moulant qu'un collant. Je me touche. Je palpe les deux petites bosses que font les lèvres de mon sexe séparées par la couture de mon pantalon. J'aime beaucoup les faire rouler sous mes doigts. Je suis rapidement très excitée. Je suis parfaitement invisible. Personne ne vient d'ailleurs par ici si ce n'est d'autres rares pêcheurs. Je déboutonne mon pantalon. Je le descends à mi-cuisses avec ma culotte.
De me masturber ainsi dans la douceur de cette fin d'après-midi de juin me fait frissonner de plaisir. Parfois je saisis la paire de jumelles pour scruter dans toutes les directions. Personne. Je m'abandonne davantage à ma passion. Ce n'est pas la première fois que je fais "ça" en extérieur. C'est toujours un bonheur. Ce papillon blanc qui virevolte autour de moi. Le gazouillis des oiseaux. Il n'y a pas la moindre brise. L'eau est immobile. Un enchantement.
Je m'assois sur une souche. Je descends mon pantalon et ma culotte sur les mollets. Il fait trop chaud. Mon activité me couvre de sueur. Comme c'est bon. Ça picote de partout. << Bonjour mademoiselle ! >>. Là, à une dizaine de mètres, un petit homme qui me fait un immense sourire. << Excusez-moi, je ne fais que passer ! >> dit-il en tirant son chien minuscule. Jamais dans ma vie je n'ai eu aussi honte. J'aurais voulu disparaître dans un trou de souris.
Le monsieur continue son chemin. Je le regarde disparaître derrière les fourrés. Je remonte mes vêtements à toute vitesse. Je suis haletante. J'ai le souffle court. Je suis morte de honte. Terriblement gênée. Je remonte sur mon cheval avec toute sortes de pensées plus stupides les unes que les autres. L'esprit encore confus de ce qui vient de m'arriver. Et si je rencontrais un jour cet homme, dans la rue, au supermarché, me reconnaîtra t-il ? J'ai honte. Quelle horreur !
Pourtant, insidieusement, en revenant vers le centre hippique, il y a une curieuse excitation qui revient. Cette excitation se mêle au sentiment de honte. Tout au fond de moi il y a comme un basculement. Une inversion des sentiments. Je revis intérieurement la scène. J'essaie de me mettre à la place de cet homme qui vient de me surprendre. Au bout d'une dizaine de minutes, du chaos intérieur de mes ressentis, ne subsiste que l'excitation. Comme une exaltation.
Je viens de découvrir l'indicible plaisir d'être vue. Je viens d'être surprise entrain de me masturber. J'ai envie de m'arrêter. Je n'ai plus qu'une envie. Vivre une nouvelle fois cette situation. Je me surprends à échafauder des stratégies un peu folles. J'arrive au centre hippique. J'ai cette curieuse impression que les autres filles lisent tout au fond de moi. Je n'ose plus soutenir les regards. L'excitation prodigieuse dans laquelle je me trouve trouble ma lucidité. Je préfère me sauver rapidement.
À la maison, seule dans ma chambre, en me masturbant, couchée sur mon lit, devant le grand miroir de l'armoire, je prends conscience que rien ne sera plus comme avant. Je veux revivre ces émotions, ce mélange de honte et d'excitation. C'est trop bon. Mon image dans le miroir, depuis quelques mois m'érotise énormément. J'aime me regarder faire. Ce soir là, avant de descendre manger, je connais l'orgasme le plus extraordinaire. Maman me regarde d'une curieuse façon.
Bisou
Le plaisir de voir. Le plaisir d'être vue. Le plaisir des émotions qui en découlent...
Première expérience délibérée
Une semaine a passé depuis ce "choc" émotionnel. Je n'ai cessé d'y penser. Surtout le soir, après mes devoirs et mes préparations. Je suis une excellente élève. Je tiens à le rester. Je privilégie donc toujours mes études. J'aime l'ambiance du lycée et les cours me passionnent. Je suis adorée de mes professeurs. Je sais faire le nécessaire et entretenir ces relations de professeurs à l'élève studieuse que je suis. Le plaisir des sens n'empote jamais la victoire sur ma volonté.
Je suis à bicyclette cette fois. Un bon VTC qui m'emporte à travers la magnifique campagne dans laquelle je vis depuis toujours. Je reviens bien évidemment sur les lieux où j'ai découvert de nouveaux frissons. L'étang des trois chênes. Il fait beau. J'ai emmené de quoi réviser. L'ultime épreuve de mon DNB a lieu demain matin. Cette fin d'après-midi de juin est tellement agréable. Il est 18 h. J'ai une petite heure à moi et je ne suis qu'à trois kilomètres de la maison.
Mais c'est une autre idée que j'ai derrière la tête. Mes cours sont parfaitement révisés. Je suis affutée pour l'épreuve finale demain matin. Le cahier de notes et les deux livres que je tire de mon petit sac à dos ne sont que dérisoires prétextes. Il n'y a personne. Je scrute scrupuleusement les environs avec ma petite paire de jumelles. Là-bas, un pêcheur. Je ne l'avais pas vu. Leurs accoutrements paramilitaires les dissimulent à la vue. Quelle idée saugrenue !
Cette fois, je suis bien décidée à revivre mes émotions de la semaine dernière. Je sais qu'elles seront supérieures car souhaitées. Je retire ma culotte. Je suis dans les fourrés. Mon téléphone dans une main, au cas où... Ma bicyclette tournée vers le sentier. Je suis prête à filer à la moindre alerte. Je suis d'une prudence de Sioux. Rien ne doit échapper à mon contrôle total. Je tiens à vivre les instants qui vont venir dans la quiétude et la sérénité. Je maîtrise toujours tout.
Je regarde avec les jumelles. Les pêcheurs sont le plus souvent des hommes d'âges mûrs. Celui-là est un sénior vautré dans son fauteuil pliant et à dossier. Il est à une cinquantaine de mètres. Il lève rarement les yeux. Il allume un cigare. Il observe le flotteur de sa canne à pêche. Je me concentre. Je respire plusieurs fois à fond. Je sens les picotements de sueur dans mon dos. L'excitation me gagne. Je retiens mon souffle. Je quitte ma cachette. Je viens au bord de l'eau.
Je m'accroupis. J'ai mes lunettes noires de soleil. Mes cheveux défaits qui masquent mon visage. Je me sais dissimulée derrière un anonymat total. Je reste ainsi, jambes serrées. Il me faut un second courage. Je me concentre. Je louche derrière les verres fumés de mes lunettes. L'homme m'a vu. Je suis couverte de frissons. De délicieux frissons. Ce sentiment de honte me gagne.
Il me faut faire preuve d'un nouveau courage. Celui d'écarter mes cuisses. C'est une intention délibérée. Je veux être vue. C'est ma volonté. Je mords la lèvre inférieure de ma bouche afin d'arrêter les tremblements de ma mâchoire. J'écarte les cuisses. Mon Dieu. Quelle émotion. Je dois me retenir d'une main au tronc de l'acacias à ma droite. Je reste ainsi, immobile.
Je peux sentir mon cœur battre la chamade. Je sens la sueur ruisseler dans mon dos, entre mes seins minuscules. Ça me picote le nez, les joues. Je vais perdre connaissance. C'est trop bon. L'intensité de ce moment restera à jamais gravé en moi. Impossible de faire pipi. Ce serait pourtant tellement bien. Je me moque éperdument de ce que cet inconnu peut ressentir à cet instant. Seul compte mon plaisir. Mes sensations, Mes émotions. Le reste m'importe très peu.
Il y a soudain des voix. Là-bas, plus loin, c'est un couple qui arrive par ici. Ils se tiennent par la main, s'arrêtent pour se faire des bisous. Je me redresse prestement. Ma culotte pend au guidon de mon vélo. Je n'ai pas le temps de l'enfiler. Je monte sur ma bicyclette. Je déteste le contact de la selle contre mon sexe trempé. Ça glisse en plus. C'est détestable. Les amoureux me font un beau sourire sans se douter de rien. Je m'arrête un peu plus loin pour remettre ma culotte.
Je rentre à la maison toute contente d'avoir réalisé mon souhait. Nous mangeons pour 19 h15...
Bisou
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Le plaisir de voir. Le plaisir d'être vue. Le plaisir des émotions qui en découlent...
