La fée bottée

Tout commença lors d’une ronde solitaire dans la forêt de Barbyrian, une contrée hostile et étrange seulement peuplée de farfadets sanguinaires, de sorcières vicieuses ou autres elfes… Pourtant, j’avançais sans crainte conscient et confiant dans ma force, moi le chevalier revenu victorieux des guerres de Kynos, des combats des 3 déserts, ayant pris part à la chute du druide Yuaerol, …

À la tombée du jour, arrivé face à une rivière obscure, je remarquai un cheval se promenant le long de la berge. Il était visiblement sans maître et décida de le monter. Celui-ci n’opposa pas de résistance, mais au bout d’un moment, le cheval refusa de m’obéir et galopa dans la direction opposée, comme guidée par une force maléfique. Sa crinière s’allongea pour venir me retenir les poignets, je fus contraint de me laisser conduire. Après une longue chevauchée, nous arrivâmes dans une grotte. Le cheval s’arrêta brutalement me laissant choir sur le sol. Le cheval s’enfuyant pendant qu’au sol, je voyais les grilles de la grotte se refermer sur moi. J’étais fait prisonnier comme un rat.

 

La grotte était vide à l’exception d’une botte, appartenant vraisemblablement à une elfe.

La botte était courte, marron, en cuir, avec une languette, de grosses semelles noires, légèrement montantes sur le talon. L’intérieur de la botte était en beige clair. Cette botte était usée, crottée de boue, mais on sentait qu’elle était portée par une princesse elfe, sa délicate odeur le confirmant.

Durant de longues semaines, qui deviendront des mois, je me posais la question de savoir pourquoi on m’avait enfermé ici ? Pourquoi ne pas m’avoir tué ? Pourquoi me ridiculiser dans cette prison contraint de ne manger que de maigres racines ? Si au moins, je pouvais affronter mon bourreau, je mourrai  dignement, mais là… À quoi bon pouvait rimer cette fin sans fin ? Et pourquoi cette botte trône elle ici ? Fallait il y voir une signification particulière ?

Il y a forcément une raison, mais laquelle ? Les jours passaient, et cette botte m’obsédait…. Je n’étais pas habitué à rester inactif et la solitude prolongée me troublait plus que ce que je n’aurais pu imaginer…. La grotte n’était pas si grande, il n’y avait rien…. Si ce n’est cette botte.

Botte

Botte
Botte
Botte
Botte

Ce mot trottait dans mon esprit.

B O T T E

B

O

T

T

E

 

Que se cachait-il derrière ces cinq lettres ?

Derrière ce cuir et cette odeur fraîche ?

Cet objet j’en acquis la certitude était plus qu’un simple bout de cuir, il était animé d’une force qui lui était propre, cette même force qui m’avait attiré dans ce lieu… La botte avait une âme qui avait un pouvoir indéniable, et qui m’était supérieure. La prise de conscience de ce pouvoir me bouleversa et je ne pus réprimer un cri.

Qu’étais-je alors  simple mortel face à ce dieu inconnu ? Ma peur était intense que j’étais pris de tremblement, mes dents s’entrechoquaient comme pris par des spasmes ma bave sortais de ma bouche sans retenue. Comme un roi déchu.

Je perdais la notion du temps, ainsi que la distinction entre la réalité et les rêves (les cauchemars, devrais-je dire), dès que je fermais les yeux, j’avais la terrible sensation d’un claquement de bottes me clouant au pilori.

 

Il n’y a pas de hasard c’est le destin qui m’a conduit à Elle.

Tout mon être me parut détestable, minable, grotesque face au pouvoir de Botte.  Mon existence me parut avoir été mené jusqu’alors de façon dérisoire et triste. Comme une vie d’un chien errant, perdu entre la terre des bêtes et le ciel de sa maîtresse.

Et de même que le chien qui traque sa proie et qui, une fois celle-ci trouvée, se met à jouir fébrilement, étranger à ce qui l’entoure, aliéné et dément, ne sentant, ne pensant qu’à cet unique et puissant désir maintenant si pressant, je me mis à éprouver un amour fou pour Botte. Jamais je n’avais connu un pareil engouement, mon voie était enfin dégagée, tout tracée, ma vie avait ainsi vocation à vénérer, chérir, magnifier, cajoler Botte.

 

Je m’offrais corps et âme à Botte me soumettant à son pouvoir destructeur.

Tout parut dès lors évident : pour éviter de lui faire offenser, je cisaillais tous mes vêtements et chaussures pour offrir mon corps nu à Botte, l’honneur de son culte pouvait débuter.

Sali par des couches de poussière et de boue, je devais nettoyer Botte pour la mettre en valeur car, quoi de plus gratifiant que de lustrer et faire briller Botte (même si  je savais qu’au fond de Botte brillaient mille flammes)

Je soufflais délicatement pour enlever les résidus de poussière, la boue était bien sèche et je dus m’employer longuement pour l’enlever : j’utilisais ma salive et ma langue : je passais et repassais avec ma langue sur les résidus de boue pour l’amollir. Ce fut une épreuve très longue, car la boue était bien incrustée et la salive me manquait, j’eu la gorge irritée et la bouche pâteuse, les dents plein de terre. Ce fut une épreuve très longue, car la boue était bien incrustée et la salive me manquait, j’eu la gorge irritée et la bouche pâteuse, les dents plein de terre. Je m’attaquais évidemment à la partie la plus ardue : les semelles pleines de terres et de fumier moisi.

A plusieurs reprises, je crus m’évanouir tellement l’odeur était forte, répugnante, impossible à mastiquer comme de la pâte molle s’infiltrant dans les moindre recoins de mes canines…. Si le pouvoir de Botte n’était pas aussi prégnant, j’aurais sans doute jeté l’éponge ou rendu l’âme. De petits cailloux m’étranglèrent à plusieurs reprises la gorge, et je dus vomir le fruit de mon travail pour pouvoir reprendre mon souffle.

 

Mais je persévérais et j’arrivais au saint graal.

Je pus jouir du plaisir unique du contact du cuir soyeux, lisse et délicat contre ma peau, cela m’apaisa. Mais je ne m’arrêtais pas là : je léchais goulûment le cuir, mais je fus puni de ma gourmandise, Botte me rappela ma condition d’immonde déchet ambulant (je ne devais pas l’oublier.). Avaler le cuir fut un supplice autrement plus douloureux que la boue séchée, ce fut comme éteindre un incendie avec du feu grégeois, la simple action d’avaler me fut terrible, je dus vomir violemment à maintes reprises, ce fut comme avaler des couteaux aiguisés, mon nez pissait le sang et j’eus un plaisir coupable de boire mon sang dégoulinant qui m’apaisait la gorge… J’avais également les yeux exorbités, remplis de larmes m’embrouillant la vue, mais je tins bon.

Mes sens avaient comme évolué de façon hybride et je ne ressentais plus que le goût du cuir et l’odeur fraîche de l’intérieur de Botte, ce que je mangeais, ce que je déféquais, tout me rappelait ces éléments.

Mais, au final, j’avais accompli mon devoir, je passais, moi le géant guerrier, jours et nuits, couché auprès de Botte, belle et reluisante. Un jour, j’entendis du bruit à l’entrée de la grotte, de quoi pouvait-il s’agir ? Une cavalière passant par là ?

 

J’entendis  une clé tourner dans la serrure puis la porte s’ouvrir en grinçant.

Ce simple bruit métallique vint totalement briser la délicate harmonie dans laquelle je nageais avec Botte et fit l’effet d’une tornade dans mon esprit.

Réduit à l’état animal et ayant voué mon corps et mon âme à Botte, j’avais perdu non seulement la notion du temps, mais également la conscience de l’environnement extérieur. Depuis de longs mois (années?), mon monde se réduisait à Botte, j’étais son fidèle dévot, je chérissais son culte en permanence et rien ne s’obstruait à ma dévotion. Je la nettoyais au quotidien et avais aménagé un petit autel pour elle. D’apparence peut-être modeste, cela constituait une cathédrale, un vrai royaume à mon sens et auquel, j’étais fier, en tant qu’esclave, d’avoir pu apporter ma pierre à l’édifice.

J’étais également fier d’avoir su m’adapter physiquement : ma langue s’était habituée à son cuir et avait acquis une certaine dextérité dans l’art de traquer la poussière dans les moindres recoins. La physionomie et texture de ma langue aussi avaient évolué, elle était devenue plus rêche et s’irritait moins facilement après de longues heures passées à la nettoyer. Ma langue remplissait parfaitement son rôle de serpillière de Botte. J’avais de plus appris à digérer plus facilement son goût et arrivais à avaler plus facilement la poussière, sans tousser.

 

Quelle erreur! Que cette béatitude devait sembler grotesque et pathétique à Botte!!

Au lieu de songer à elle constamment, je m’étais fourvoyé dans une paresse indolente et une luxure ridicule ! Je me félicitais de l’adaptation de mon corps alors que je ne devais pas y penser (qu’étais-je à part un bâtard nuisible?) car tout ce que j’entreprenais devait servir à Botte, je n’aurais pas dû penser à ma douleur. Je n’avais pas à me sentir fier (Quelle cloporte puant comme moi pouvait ressentir de la fierté ? J’eus honte d’avoir pu ressentir une telle dose d’autosatisfaction, même minime), cela montrait bien que mon éducation restait encore à se parfaire. Ce temps, consacré à des choses futiles, m’avait détourné de mon but et j’aurais pu faire tant de choses supplémentaires pour le culte de Botte. En tant que chien, j’aurais dû constamment veiller sur Botte plutôt qu’à me complaire à son admiration.

Je ne m’étais pas conduit à la hauteur et j’allais être durement réprimandé.

 

Mais cette punition allait prendre une forme inattendue….

En effet, se dressa devant moi, une elfe en tenue de cavalière, vêtue de longues, très longues bottes (je ne peux faire l’insulte à ma maîtresse, Botte, d’utiliser une majuscule pour les désigner.) montant jusqu’à ses genoux. Son pantalon de boxer était rentrée dedans et faisait ressortir des jambes fines, menues et élancées. Le haut de son corps dévoilait un simple chemisier.

L’Elfe était jeune, blonde aux traits fins. Enfin, deux choses notables attirèrent mon attention : un casque d’équitation lui servait de couvre-chef et sa main gauche tenait délicatement une cravache.

Le plus troublant ne fut pas de voir apparaître cette cavalière si distinguée dans cette grotte, mais son odeur, une odeur douce raffinée,…

L’odeur intérieure de Botte.

 

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