55 heures à Paris – Ep 16 _ Par CamilleC

H 26.5 Samedi 00h30

Je n’ai jamais trompé C, « dans la vie réelle » comme tu dis. Ma timidité, ma fidélité, ne m’ont jamais donné le courage d’essayer même de séduire. Pourtant ce ne sont pas forcément les tentations qui manquent. Mais non, alors que pourtant, tu le sais mieux qui quiconque, mon esprit est rempli de désirs, de fantasmes, d’envies, jamais je n’ai pensé la tromper. Alors pourquoi subitement, suis-je en train de draguer, appelons un chat un chat, cette jeune femme ? Assurément cette journée folle a changé quelque chose en moi… Au bout d’un moment je ne fais même plus attention si C ou toi êtes là, voyez mon petit manège. Je me sens libre, Alexia est belle et elle me plait. Si la situation de notre couple a définitivement changé aujourd’hui pourquoi ne serait-ce qu’au bénéfice de C après tout ?
Comme moi Alexia ne connait pas grand monde ici, elle est en vacances chez sa sœur, une amie de Marine, et elle se retrouve là par hasard. Elle vit à Bordeaux, travaille dans la mode et semble heureuse de trouver quelqu’un avec qui parler. Le courant passe entre nous, ses incroyables yeux m’hypnotisent. Elle est douce, intelligente, un humour craquant. Je ne me lasse pas de cette voix de chanteuse de blues, qui équilibre en maturité ce que son corps de fée et son visage de poupée lui donnent en fausse innocence.

Nous sommes comme dans une bulle coincés entre le bout de la table des victuailles et le mur du fond. Je ne sais pas où cela va me mener mais j’ai très envie de le découvrir. Mon téléphone vibre. Un SMS. De toi. « On ne te dérange pas ? ». Je tourne la tête. Vous êtes en train de vous servir au buffet, là, à trois mètres de nous. Je rougis pris en flagrant délit. Devant ma mine défaite vous pouffez de rire puis sans un mot vous finissez de remplir vos assiettes en carton avant de repartir vers la cuisine. Alexia sent ma gêne mais ne me demande rien.

Nous reprenons notre conversation quand à nouveau, je suis dérangé par une vibration. Cette fois ci le SMS vient de C : « Ta nouvelle amie plait beaucoup à M. Si tu as l’intention de la baiser, M devra d’abord le faire ». Je me retourne à nouveau mais vous êtes hors de vue. Nouveau petit silence entre nous. Comment vais-je bien pouvoir procéder ? J’ai du mal à me concentrer à nouveau sur ce qu’Alexia me dit.

J’enrage intérieurement. Moi qui me sentais si bien il y a encore trois minutes. La soirée semble partie pour s’éterniser ici, des invités commencent à danser, l’alcool coule à flot, il fait chaud même fenêtres grand ouvert mais est ce que toi et C avaient bien l’intention de traîner ici? Je ne connais pas le détail de tes projets. Je dois aussi prendre en compte le fait que je porte cette maudite coque et que j’aurais bien du mal à expliquer ce que c’est si la situation devait subitement s’échauffer avec Alexia… Il faut donc que j’agisse vite, bien et en assurant mes arrières.
Ma charmante cible me demande un instant, visiblement une petite envie naturelle qui tombe très bien pour moi, j’en profite pour faire un pari risqué. Au lieu de subir le risque que vous décidiez de filer vers je ne sais quel autre endroit, je vais vous mettre la pression… Je tapote nerveusement sur mon portable. J’écris à ma compagne : «Oui elle me plait mais tu peux dire à M que seul je n’arriverai à rien surtout que je ne sais pas quels sont vos projets… ». Juste au moment où Alexia revient vers moi toujours aussi souriante et belle, la réponse tombe : « M et moi t’autorisons à inviter cette charmante jeune femme chez M à déjeuner demain. Par contre tu as 5 minutes, on commence à s’ennuyer, ça manque de beaux mecs ».

Je n’ai même pas encore remis le téléphone dans ma poche que je vous vois toutes les deux réapparaître et nous observer. Bonjour la pression ! Fort heureusement Alexia se laisse assez facilement convaincre et semble enchantée d’avoir trouvé le moyen d’échapper à sa sœur demain midi. Elle viendra chez toi, je t’ai décrit comme une très bonne amie, très sympa. Je n’ai pas dit un mot sur C, mon couple. Je n’en ai même pas honte. Me voilà avec son numéro, son sourire et pas mal d’espoirs. Je lui fais une affectueuse bise et vous rejoins.

«Nous partons alors ? » dis-je avec un petit sourire en coin. « Oui, avec le mois d’août et tout le monde en vacances c’est beaucoup moins sympa que prévu ici » me- réponds-tu. « Enfin bon tout le monde n’a pas perdu son temps semble-t-il ! » ajoute C d’un air moqueur qui te fait éclater de rire. Tu reprends, « Pierre part avec nous, il m’a parlé d’une soirée dans une boite pas très loin d’ici… Ah, d’ailleurs le voilà ». Nous saluons Marine de la main et partons sans tarder. Je croise une dernière fois le regard bleu d’Alexia. Impatient déjà de le retrouver demain.
Nous descendons par l’escalier assez bruyamment, toi et C avaient semble-t-il plus apprécié la qualité du bar que celle des invités. La douceur de l’air dehors nous fera à tous du bien. Surtout que tu décides que nous marchions jusqu’à la fameuse boite. Les rues sont quasi désertes. Je remarque à nouveau que comme pratiquement depuis que nous avons quitté ton appartement, C semble collée à toi. A moins que ce ne soit l’inverse. Vous marchez côte à côte quelques enjambées devant nous et je discute tranquillement avec Pierre.

Nous descendons l’Avenue de la Grande Armée, contournons l’Etoile et approchons d’une boite branchée proche des Champs. Tu prends C par la main, puis un peu plus loin par la taille. Avec ses talons et vos quelques verres dans le nez vous formez un duo instable sur le large trottoir. Vous manquez même de trébucher en traversant une ruelle.

C rit bruyamment à moitié effondrée sur toi. Tu poses ta main sur sa bouche comme pour la faire taire, puis sur sa nuque et l’embrasse à pleine bouche. Vous reprenez votre marche, quasi enlacées, C a posé sa main sur tes fesses. Vous ne vous êtes plus tournées vers nous depuis un bon moment. Je me demande même si vous n’avez pas complètement oublié notre présence.

Impression confirmée quand à peine cent mètres plus loin je te vois subitement plaquer C contre un mur et l’embrasser fougueusement. Tes mains fiévreuses se collent sur ses seins, sur son cul. Vous êtes trop loin pour que je puisse entendre ce que vous vous dites. Au bout de quelques secondes vous vous remettez en marche. Je jette un regard complice à Pierre qui semble trouver la situation amusante.

Quelques minutes plus tard, la boite est en vue et finalement vous vous arrêtez. A la hauteur d’une station de taxi. Tu as repris cet air fermé que tu avais à la sortie du resto et au bar. « Ecoute Camille, Nous te confions à Pierre. Ta chérie et moi avons décidé de terminer cette nuit sans toi. Ne t’en fais pas, tu devrais t’amuser avec lui ». C ne dit rien mais semble détendue, bien, fière. Je ne sais quoi répondre. Je sais qu’au final je n’ai rien à dire, rien à contester. C s’approche de Pierre et lui donne la clé dorée de mon cadenas. Il la glisse dans sa poche de pantalon. Un taxi arrive. Vous montez. Il repart. Me voilà seul avec Pierre. Vous me manquez déjà.

 

à suivre …

Retrouve les épisodes de cette aventure parisienne ici 

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