55 heures à Paris – Ep. 10 _ Par CamilleC

H17 : Vendredi 15H00

Assis dans ton canapé. Il fait chaud. Walter a pris congé. Ravi d’être passé. Il a laissé son numéro à MA « au cas où ». MA s’amuse toujours autant à coordonner toute cette activité en ton absence. Je la vois te tenir au courant par SMS ou via le groupe Facebook que nous avons créé. Elle m’annonce avec plaisir que tu es ravie de la vidéo que nous venons d’ajouter.

Elle s’amuse à récupérer en images les meilleurs moments de ce que j’ai filmé pour en faire un album. « Allez, j’espère qu’il va y avoir des tas de commentaires ! » lance -t-elle en publiant tout ça. Elle me lit d’ailleurs avec gourmandise les commentaires les plus croustillants ou les plus humiliants de ce que nous avons mis en ligne ce matin.

Charlotte et Pierre regardent son petit manège d’un air amusé affalés chacun dans un fauteuil et suivant d’un œil quelques programmes débiles de l’après- midi sur ta grande télé. J’essaie de faire bonne figure et de ne pas prendre trop mal les piques acerbes de certains de mes contacts qu’elle continue de me lire.

Tout le monde en fait attend que C sorte de ta chambre. Dans la torpeur de ce Paris d’Août, je me demande si au final nous n’allons pas tous finir par nous endormir. Lentement le silence se fait, MA se sert un verre, les deux autres finissent par se laisser emporter par l’intrigue d’une rediffusion d’une série policière américaine. Tandis que je rêvasse en repensant à C, à son visage, son attitude face à ses deux amants.

Je pense que me suis assoupi un instant quand je suis réveillé par la vibration de mon portable dans la poche de mon pantalon. Je sors le téléphone et vois avec surprise que je viens de recevoir un SMS de C. Juste ces 5 mots : « Rejoins-moi dans la chambre ». Surpris, ne m’attendant pas du tout à ça je me lève. « Excusez- moi, C me demande». Tes amis me regardent silencieux et bienveillants alors que je me dirige vers la porte de ta chambre. Je frappe doucement puis ouvre lentement la porte sans attendre une réponse.

 

La pièce est plus fraîche, à moitié plongée dans le noir. Je referme derrière moi. C est assise sur le lit, elle a réajusté sa robe, s’est recoiffée autant que possible. Je m’avance vers elle timidement. « Assied-toi, je voudrais te parler » me dit-elle sans l’agressivité dont elle a fait preuve vis-à-vis de moi depuis hier soir. Alors je m’installe au bord du lit sans rien dire, j’attends qu’elle brise la glace.

« Je t’ai détesté si fort depuis quelques mois. J’ai pensé dix fois faire mes bagages et te quitter. Mais c’est M qui m’en a empêché. Quand j’ai découvert son existence j’ai voulu comprendre, je l’ai contacté et elle a été si franche, si calme, si compréhensive aussi. Elle t’a défendu aussi. Et je ne comprenais pas. Et puis elle m’a aussi fait découvrir son monde, ses secrets, vos secrets. Elle a réussi là où tu as échoué toutes ces années ».

J’essaie de prendre la parole mais elle me coupe immédiatement. « Laisse-moi finir s’il te plait ! Et puis on a eu toutes les deux envie de faire tomber les masques. Pour qu’elle ne soit plus dans l’hypocrisie et le mensonge avec toi et parce que je me suis sentie prête à t’affronter.» « Je vois ». « Alors on a eu l’idée de ce piège… De faire croire que je partais chez ma mère en avance. Et tu as mordu à l’hameçon bien sûr. Je suis arrivée quelques heures avant toi, en avion, et M s’est occupée de tout. Elle a été parfaite. Comme toi je me suis juste laissée aller. Hier soir par contre, te voir comme ça, savoir que toi tu étais venu en me mentant je n’ai pas pu résister. Tu l’avais bien mérité».

« Ecoute C… » « Non, laisse-moi finir bon sang ! Comme je te l’ai dit, maintenant plus rien ne sera comme avant. M ne savait pas comment cela se passerai mais son intuition était bonne. J’ai découvert dans la réalité ce qu’elle m’a fait découvrir pendant tout ce temps en ligne. Hier soir, ce matin, tout à l’heure, j’ai été plus moi-même que jamais auparavant. Alors si tu veux que quelque chose continue entre nous, c’est avec cette nouvelle C que tu vas devoir vivre. » « Oui… je comprends… »

« Et tu sais ce que cela veut dire bien sûr. Désormais c’est moi qui dirige le bateau. Ce sont mes désirs qui passent en premier. » « Oui je vois ». « Depuis hier soir tu t’es très bien comporté. M m’a raconté au téléphone pendant notre balade avec Pierre comment tu as trouvé le mec de tout à l’heure. Je t’ai observé ici ce matin avec Pierre et aussi pendant que nous étions tous ici. Tu es capable d’être ce que je veux que tu sois. Je veux bien te donner ta chance. » « OK. » « Si tu le veux bien sûr. Si tu as envie de vivre pour mon plaisir avant tout ».

 

Je la regarde. J’ai l’impression de découvrir une autre personne que celle qui partage ma vie depuis tant d’années. Je bafouille. J’ai du mal à réfléchir, à comprendre bien tout ce qu’elle vient de me dire. Puis finalement après quelques secondes confuses je lui dis « Oui je le veux ». « Bien. Une fois encore M avait raison. Elle m’avait assuré que ça fonctionnerait. Très bien. Alors écoute, je ne sais pas ce qu’elle a encore prévu d’ici à dimanche matin mais je veux bien que tu restes avec moi. Avec toi c’est plus facile. Tu me rassures un peu même si tu dois être aussi perdu que moi. Nous commençons une autre vie Camille. ». « Oui je crois».

A nouveau, je la regarde, j’essaie de rester calme. J’ai la tête qui tourne un peu. J’esquive un petit sourire. « Je ne t’ai jamais vu aussi belle tu sais ? ». «C’est gentil ». « Je ne sais pas si tu me pardonneras vraiment un jour pour tous ces mois de mensonges mais je voulais te dire que je me sens libéré d’un énorme poids. Je suis prêt à beaucoup pour toi tu sais ? Je ne m’attendais tellement pas à tout ça. M est quelqu’un d’extraordinaire. Il faudra vraiment que je la remercie pour tout ça». « Qu’on la remercie oui. ».

C se lève. Elle contourne ton lit et se penche vers moi. Elle m’embrasse doucement, presque timidement. Je lui rends le baiser. Elle me sourit. « Je crois qu’ils doivent se demander ce que nous faisons à côté » me dit-elle soudain taquine. Je me lève, lui prend la main. Je l’embrasse à mon tour. « J’ai hâte de connaitre la suite du programme ». « Moi aussi Camille. » Nous sourions un peu bêtement comme des gamins.

 

Finalement nous sortons. J’ai les larmes aux yeux. C me sert la main, je sens sa nervosité. Nous sommes accueillis par trois larges sourires. MA, comme d’habitude, a son portable à la main et immortalise l’instant par un nouveau cliché. Triomphante elle s’exclame : « Les réconciliations sont faites ! Que la fête commence ! Et hop j’envoie à M !! ». Charlotte sort des verres du grand buffet. MA file à la cuisine et ressort avec une bouteille de champagne tout fraîche. Elle la donne à Pierre qui l’ouvre prestement.

Les verres sont remplis plus vite qu’il ne faut pour le dire et MA porte un toast : « Aux amoureux ! ». « Et à M ! » ajoute Charlotte. On trinque dans les rires. Pour la première fois depuis que je suis arrivé je me sens intégré au groupe de tes amis, comme un membre à part entière. Pourtant je ne peux m’empêcher de remarquer les regards complices et brûlants que s’échangent C et Pierre à cet instant. Oui je le sens plus que jamais: Plus rien ne sera comme avant.

 

à suivre…

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