Une Maison pour 4 – Ep 29 – Par CamilleC

Notre vie à quatre. Journal. Dimanche 13 novembre 2016. Jour 30

Deux semaines que notre vie à quatre s’est mis sur « Pause ». Quelle désillusion, moi qui avait espéré une libération. Notre belle entente s’est brisée. Nous vivons comme deux couples en colocation et encore, je n’ai pas l’impression qu’avec Carine tu sois bien. Et Alexia ne reprend toujours pas pied. C’est pour cela que j’ai décidé de mettre les choses sur la table ce midi. Pour une fois que l’on se retrouve tous ensemble pour déjeuner.

La pluie qui s’est installée depuis plusieurs jours nous met comme dans un cocon. La maison est entourée de bruine et de brume, comme isolée du reste du monde dans une atmosphère oppressante. En dehors des banalités d’usage personne ne parle. On entend le bruit de l’eau sur le toit.

Je brise la glace : « Margot, tu es la clé de voûte de cette maison, sans toi nous ne sommes plus rien et tu n’es plus vraiment là depuis l’autre nuit ». Silence. Les yeux de Carine et d’Alexia se sont braqués sur toi. Finalement, après une longue réflexion, tu réponds : « Tu as raison Camille. Cela ne peut pas continuer comme cela. Tout est cassé et par ma faute. » Carine veut te couper sans doute pour te dire que ce n’est pas vrai…

« Laisse-moi parler Carine s’il te plait ! ». Tu t’arrêtes deux ou trois secondes puis te lances : « Le ressort s’est cassé. La mort de Max m’a libéré de tous ces vieux démons. Je ne suis plus la Margot avec qui vous avez parlé si souvent sur le web, je ne suis plus la Margot que vous avez rencontré à Paris, je ne suis plus la Margot qui a aimé être votre Maîtresse et amante. Je ne suis plus la Margot qui vous a amené ici, pour vivre ensemble. Et je ne suis plus capable d’être cette patronne que vous attendez. » Tes mots me font mal mais ne me surprennent pas. Alexia et Carine baissent les yeux. Je te regarde, aussi sincère et empathique que possible : « Tu vas partir Margot ? Et que va-t-on devenir ? ».

Ton regard se tourne vers Carine. Puis tu reprends : « Hier soir on a longuement parlé avec Carine. Et elle est d’accord pour partir avec moi. Pour que l’on devienne un couple comme un autre. On pourrait acheter une maison dans le coin. J’ai besoin de passer à autre chose, à une autre vie. Plus normale. Même si je ne sais pas trop ce que cela veut dire. » Les mots, tes mots semblent rebondir dans ma tête.

Je regarde Alexia. « Je comprends. C’est votre choix et il me paraît normal. Je ne sais pas comment je pourrai vivre sans vous. » Les larmes montent dans mes yeux sans que j’arrive à les réprimer. Je n’arrive pas à encaisser le choc, je me lève. Alors je prends ma veste. Je sors. La pluie me fouette le visage. Puis, je monte dans ma voiture. Je ne sais pas où je vais, combien de temps je roule, je m’arrête, devant rien d’autre qu’un nuage gris là où il devrait y avoir la mer. Je crois que je me suis endormi, les yeux rouges, les joues encore humides. C’est un SMS d’Alexia qui me sort de ma torpeur.

 

Journal d’Alexia 14 novembre

Je comprends ta réaction Margot. Tout ce qui s’est passé durant ces jours, ces moments où nous nous sommes perdus, tous. Ça nous a fait tellement de mal mais aussi je te l’avoue, du bien, du plaisir. Je devrais avoir honte d’avouer ça mais je n’en ressens pas, ou plutôt, je n’en ressens plus.

Tu vas partir Margot, je ne sais où exactement laissant derrière toi ceux qui se sont offert à toi, Camille et moi car tu emmènes avec toi, sa compagne. Ça par contre je ne l’ai pas vu venir. Tu me diras que ça fait un moment que je ne vois plus rien venir. Je vais endormir mon âme, mon corps peut-être et me laisser aller vers des rivages lointains même si ce n’est que par la pensée. Adieu donc Margot, adieu même si nous nous recroisons à l’avenir comme de simples amis, la Margot qui a bouleversé ma vie ces derniers mois n’est plus.

 

Notre vie à quatre. Journal. Samedi 3 décembre 2016. Jour 50

50 jours. Voilà ce que tout ce que cela aura duré. Dont 35 en simples colocs. Vos cartons sont finis. Nous venons de finir de charger la camionnette. Tout est prêt pour votre déménagement. A Bidard, près de la mer, une jolie petite maison. Je sais que vous allez être heureuses là-bas. Vous avez déjà l’air de l’être. Et je commence doucement à faire mon deuil de notre rêve commun.

Alexia, bizarrement, depuis l’autre week end, quand on a percé l’abcès, semble être déjà passée à autre chose. J’ai même l’impression qu’elle n’est pas si mécontente de vous voir partir. Là-bas tu seras plus proche de ton bureau, Carine va adorer pouvoir aller à la plage à pied et vous pourrez sortir bien plus souvent. J’espère que les 20 minutes de route entre nous ne seront pas trop longues pour vous et que nous pourrons rester amis. Vous semblez le vouloir alors ce sera le cas.

C’est ainsi que se termine donc ce court journal de notre vie à quatre. Avec des regrets. Avec votre bonheur aussi. Mais aussi avec le fantôme de celui qui nous voulait du mal. Sache, Margot, Maîtresse de mon cœur et de mon âme, que tu as changé ma vie, à jamais. Alors merci pour tout. Et occupe-toi bien de Carine, elle le mérite.
Fin

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