Une maison pour 4 – Ep 18 _ Par CamilleC

Notre vie à quatre. Journal. Mercredi 26 octobre 2016. Jour 12

Quand je me lève, Alexia est assise dans un peignoir de la Pension sur la minuscule terrasse en forme de triangle, elle regarde le jour se lever sur la mer. C’est un jour de semaine et il va falloir que je parte rapidement pour bosser surtout qu’il faut que je dépose Alex à la maison et que je me change. Je la laisse rêvasser sur le balcon et me douche rapidement.

Quand je ressors de la salle de bain, faute de mieux, elle s’est rhabillée avec sa magnifique robe dos nu d’hier soir. Dehors les rayons du soleil illuminent l’océan au large. Tout est beau. Si je n’étais pas déjà en retard je lui ferais encore l’amour, là devant cet horizon. Elle me regarde, un peu gênée par la situation. Je lui souris. « Il faut qu’on y aille j’en ai peur ! ».

Quand je remets ma veste, je retrouve mon téléphone dans la poche intérieure. Je le regarde par réflexe. 11 appels, 3 messages ! Entre minuit et deux heures du matin toi et Carine n’avaient pas arrêté de m’appeler. Je n’ose écouter ce que vous avez laissé sur le répondeur. Je me rends subitement compte que notre petite escapade n’est pas passée inaperçue.

Alexia qui avait laissé son portable à la maison fronce des sourcils en me voyant tiquer devant le mien. J’essaie de la rassurer « Ne t’en fais pas, je vais gérer avec Margot ». Il nous faut déjà quitter notre petit nid de cette belle nuit. En repassant devant le Maria Cristina pour retrouver ma voiture je ne peux m’empêcher de repenser à Tony, James, Nadia. J’ai comme une boule au ventre et si je n’avais pas à ramener Alex chez nous je crois que je filerai directement au taf…

 

Sur la route l’angoisse monte doucement. Je n’ose briser le silence qui se fait de plus en plus oppressant. Alexia regarde le paysage qui défile, les yeux dans le vague. Je ne pense qu’à toi. Je t’ai désobéi, jamais je ne l’ai fait aussi volontairement. Et je sais que je vais devoir assumer. J’espère juste que je pourrai protéger Alexia.

Quand nous arrivons, je remarque tout de suite que ta voiture n’est pas là, je suis content de ne pas avoir à t’affronter tout de suite. Celle de Carine est là. Je sais qu’elle travaille du soir aujourd’hui. Je me gare. Puis, je regarde Alexia. « Bon allez on y va » lui dis-je autant pour l’encourager que pour me rassurer moi-même. J’ouvre la porte.

Carine est là, assise à la table de la cuisine, habillée, on dirait qu’elle nous attend. Elle hurle avant même qu’Alexia ai refermé la porte derrière elle. « Putain mais où est ce que vous étiez ?!! Vous vous rendez compte de ce que vous faites ?!! ». Je la regarde bouchée bée. Sans attendre la moindre réaction de notre part elle se lève et continue à la limite de l’hystérie : «On vous a laissé des messages, on vous a appelé, rien !! Alors Margot a dû partir, en pleine nuit, remplacer Alex ! Et je n’ai aucune nouvelle !! ».

Alors qu’elle s’approche de nous je me rends compte qu’elle a pleuré toutes les larmes de son corps. Elle a les yeux exorbités, les traits tirés. Elle n’a pas du dormir de la nuit. Et nous arrivons comme des fleurs de notre cocon avec vue sur l’Atlantique. La honte me tombe dessus. La peur me paralyse. Je bafouille. « Alexia avait besoin de tendresse… On a pensé… ».

Elle me coupe violemment. « Vous avez pensé ?!! Mais qui vous demande de penser ?!! Margot a donné des consignes claires. Je vous jure que si elle a le moindre souci vous allez avoir affaire à moi ! » Les larmes reviennent, Carine à bout de nerfs fuit dans l’escalier, la porte de sa chambre claque, je l’entends hurler, effondrée, perdue. Je me retourne vers Alexia. Elle tremble de tout son corps, dans sa petite robe de soirée. Les yeux fixes. Choquée. Figée.

 

Journal d’Alexia

Bien que je ne sois pas attaquée bille en tête ce matin, je me demande bien ce que tu as pu dire à Camille sur son répondeur et ce que vous avez pu penser toi et Carine pour qu’elle soit dans un état aussi énorme. Elle frise la crise de nerfs et ses larmes qui accompagnent ses cris… Elle me fait peur et je n’ose imaginer dans quel état, toi tu es ! Tu as été me remplacer mais par contre sur mon smartphone tu ne m’as rien laissé. Pas un SMS pas un appel en absence, rien, comme si je n’existais pas, comme si j’étais transparente.

C’est Camille qui prend tout et pourtant on était deux. Margot est ce que quelqu’un peut savoir, comprendre ce que je ressens à ce moment précis ? J’ai peur, moi qui toute jeune était intrépide, qui était la chef de mon groupe d’amis. C’est moi qu’on écoutait, c’est à moi qu’on se confiait. Aujourd’hui je suis tremblante, encore habillée de cette robe somptueuse mais qui fait tellement hors temps, anachronisme du moment et seulement de celui-ci.

Je connais ta colère lorsqu’elle s’exprime. Je connais les éclairs qui peuvent jaillir de ton regard noir lorsque tu es attaquée, trompée ou lésée. Sans doute penses-tu que nous t’avons trahi Camille et moi. Tu vois, je ne suis pas loin de le penser également et j’en arrive à me demander si ce n’est pas plus pour ça que je tremble de peur. Une trahison il n’y a rien de pire. Camille dans ses regards hie, juste avant que nous décidions de notre escapade, me le disait, « nous le paierons cher ».

 

Alors Margot as-tu déjà mûri ta vengeance, ta punition ? Sais- tu déjà ce que nous subirons juste parce que nous avons eu besoin de ce moment, lui et moi sans personne. Si tu savais Margot comme c’est bien de se sentir câlinée, dorlotée, caressée. Tu sais Margot je suis sûre qu’il existe une différence entre faire l’amour et baiser. Hier soir, nous avons fait l’amour Camille et moi. Je te promets que cela ne m’était pas arrivée depuis tellement de temps et pourtant, je l’ai donné mon corps, on me l’a pris, on me l’a emprunté, volé.

Lui hier soir, il n’a juste fait que me l’emprunter pour me remonter à la surface. Et je sais que nous allons trinquer. Tu penses que je suis une gourde ? Que je ne sais pas ce que Carine dans sa crise de nerfs, pense ? Elle aussi doit fomenter une réponse à notre disparition tellement passagère. Oui mais voilà, nous n’avons pas fait comme il avait été décidé, comme TU l’avais décidé Margot.

Tu sais ce qu’il a dit à Carine pour nous justifier ? « Alexia avait besoin de tendresse ». Tu te rends compte Margot ? Il n’a trouvé que ça à dire et pourtant à mes oreilles c’était comme un doux ruisseau qui coule entre les herbes folles d’une prairie jamais foulée. Quelle curieuse image, cette prairie et la colère de Carine, et sans doute la tienne. Cette nuit il m’a permis d’oublier mes larmes, d’oublier Tony, Max, James…
Alors frappe, punis, donne-moi, offre-moi, fouette-moi, je m’en moque Margot, j’ai eu mes petites heures de répit de repos de calme, de paix.

 

Notre vie à quatre. Journal. Mercredi 26 octobre 2016. Jour 12 -suite-

Alexia est sous le choc, Carine pleure en haut et j’ai déjà une demi-heure de retard pour le boulot. « Ca va aller Alex ? Il va falloir que j’y aille, j’ai des réunions importantes ce matin… Si Carine te prend la tête, file prendre l’air. Et tiens-moi au courant OK ? Je vais vite me changer et je vais essayer de joindre Margot sur la route. »

Elle baisse les yeux. Je sens qu’elle a peur, qu’elle se sent abandonnée. Je la serre contre moi, tendrement. Finalement au bout de deux ou trois minutes elle se redresse. Me dit doucement, « Allez-file Camille, de toute façon on ne peut rien faire pour le moment. »

Je lui réponds d’un sourire timide et rejoins notre chambre pour passer des vêtements propres. Alex s’effondre dans le fauteuil du salon. Allume machinalement la télé. Quand je ressors à peine deux minutes plus tard tout est silencieux. On n’entend plus Carine en haut et Alexia s’est endormie. Le contre coup. Je sors de la maison en faisant le moins de bruit possible, rejoins ma voiture, démarre et mets mon téléphone sur haut-parleur.

J’écoute mon répondeur. Trois messages de toi, un à minuit, un à une heure dix, un dernier à deux heures cinq. On sent l’énervement et l’angoisse qui monte doucement dans ta voix. « Pourquoi Alex n’a pas rejoint Tony ? » « Ou-êtes-nous ? » « Rappelez urgemment ». « Vous aviez des consignes », « Inacceptable ». Le dernier message est froid, on sent ta colère mais aussi ta résignation. Et autre chose. Comme de la peur. « Je vais remplacer Alex » « On réglera ça demain », « Vous ne vous rendez pas compte »… Je me sens mal à l’aise et si coupable.

J’arrive sur le parking de la boite. Il faut que je sois en réunion dans 5 minutes. La main tremblante je fais ton numéro. La sonnerie. Puis ta voix, sans émotion, sans vie, sans même colère: « C’est maintenant que tu appelles ? C’est bien trop tard. Je rentre, je serai à la maison dans dix minutes. Je ne ferai rien tant que tu ne rentres pas. Mais il va falloir que vous compreniez que nous ne jouons plus. Essaie de rentrer tôt. » Tu raccroches sans que j’ai pu dire le moindre mot. La journée va être interminable au bureau.

à suivre…

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