Une maison pour 4 – Ep 17 _ Par CamilleC

Notre vie à quatre. Journal. Mardi 25 octobre 2016. Jour 11 –suite

J’ai pris Alexia dans mes bras. J’essaie de la rassurer, tendrement. Je respire fort. Impossible de la rhabiller avec son bras attaché. On ne se dit rien. Je n’ose pas revenir sur ce que l’on vient de vivre et elle non plus semble-t-il. Quand les cris de plaisir de Nadia cessent je garde les yeux fixés sur la porte. Les voilà qui reviennent, rhabillés, souriants. Sans un mot James détache Alex.

Assez froidement il lui tend sa robe et nous dit : « Merci pour ce moment c’était parfait. Vous direz à Tony que nous le rappellerons si nous souhaitons vous revoir avant notre départ ». Je reste bouche bée. C’est donc fini ? Je bafouille. « Heu oui, OK, bien sûr. » J’aide Alexia à réajuster sa robe. Nos regards se croisent.

Elle semble aussi surprise que moi par l’attitude clinique de James. Nadia reste en retrait, un demi sourire aux lèvres. Quand Alexia semble prête je la prends par la main et aussi poliment que mon trouble me le permet je prends congés pour nous deux. « C’était un plaisir de vous rencontrer. Très bonne fin de soirée ».

Nous voilà déjà dans le couloir, devant l’ascenseur. J’ai la tête qui tourne un peu. Je serre la main d’Alex un peu plus fort. Le groom est là quand la porte s’ouvre. Sa présence me gêne et je n’ose pas dire un mot à mon amante. Nous voilà déjà dans le grand hall, j’ai envie de fuir de me précipiter dehors. Main dans la main nous accélérons le pas au fur et à mesure que nous approchons de la porte principale. C’est presque en courant que nous descendons les quelques marches vers le trottoir.

J’inspire l’air frais du soir comme si je venais de faire une longue apnée. Je regarde Alexia. Elle a les larmes aux yeux. On traverse la rue sans regarder et je m’arrête brusquement sur le quai désert. On entend la mer au loin, l’hôtel brille devant nous, la rivière bruisse juste en bas. Je la prends dans mes bras et l’embrasse à pleine bouche, longuement. Quand on a repris notre souffle, quand je sens qu’Alexia reprend pied je lui dis : «On rentre ? Je sais que Tony a demandé que je te dépose à cette adresse mais… »

 

Journal d’Alexia

Camille me laisse cette porte ouverte… Et si on désobéissait ? Si on partait je ne sais où et qu’on se prenne au moins une nuit, un jour rien que pour nous ? Qu’en penserais-tu Margot? Tu n’es pas là, tu nous as livré corps et âme à un être malfaisant.

Je suis persuadée qu’il est malfaisant. Je n’ai pas trouvé d’autre mot pour le caractériser, malfaisant. Il serait en costume nuit et jour, il serait toujours aussi malfaisant. Il décide de tout et je crois que tu le sais mais n’es-tu pas toi-même sous son emprise ou celle de ses amis? Oh je n’en sais rien mais j’ai pas envie que Camille suive son ordre.

Qu’adviendra t’il après ? Que peut-il nous arriver de pire que ce que nous vivons depuis ces derniers jours ? A mon sens, rien de pire. Si Camille nous emmenait pour cette nuit au moins. Tu sais quoi ? J’ai envie d’amour, de câlins, de tendresse même en baisant. Je peux pas être plus claire que ça non ?

Je sais que je peux être la bonne petite chienne qu’il te faut pour tes jeux pervers. Et je sais que je peux être la belle salope nécessaire à nourrir les fantasmes de tous ces gens auxquels je suis donnée, livrée, offerte. Je le sais parce qu’au fond de moi, je suis cette salope, cette chienne. On assume cela lorsque l’on est maîtresse de son destin, et de ce que l’on va faire les heures qui suivent mais ce n’est pas le cas. C’est pour ça que tu nous tiens, parce que nous n’avons pas cette notion de contrôle. Je me demande même comment j’arrive à avoir cette réflexion ?

Je m’en fous ce que je voudrais ce soir, c’est que Camille m’enlève et me baise avec tendresse. C’est trop te demander que de te quémander ça ? Tu n’es pas là pour répondre, mais tu n’es pas là pour décider de cette nuit. Je vais le dire à Camille, cette nuit, j’ai envie qu’on te désobéisse mais surtout qu’on fasse la nique à Tony. Camille devrait en avoir le courage, c’est un homme non ? Il a des couilles non ? Oh je suis d’une vulgarité ! Mais je sens qu’il va m’enlever pour cette nuit, je vois son regard, son désir. Oui il va le faire.

 

Notre vie à quatre. Journal. Mardi 25 octobre 2016. Jour 11 –suite

Pour toute réponse Alexia vient se blottir contre moi. Je lui souris. L’embrasse. Et lui murmure « Très bien, comme tu voudras. » Je la prends par l’épaule et nous marchons doucement sur le quai en direction de la mer. Sans rien dire. L’air du large est vif, froid, il n’y a presque personne. On passe le pont, le bruit des vagues se fait plus fort. On les devine qui se fracassent plus bas, leur écume se résume à quelques ombres blanches dans la nuit sombre.

Sans but précis nous avons juste besoin d’être seuls, sans toi, sans les autres, sans Carine. Le quai laisse doucement la rivière pour longer en partant sur la gauche l’océan. Le fracas des vagues se fait puissant. Même si nous voulions nous parler on ne le pourrait pas sans crier. Nous approchons du musée et des cinémas, quelques couples comme nous, serrés l’un sur l’autre prennent un peu l’air du large avant de rentrer ou d’aller dîner.

C’est vrai que nous n’avons même pas mangé. Pour me faire entendre je pose ma bouche à l’oreille d’Alex. « Tu as faim ? Tu veux aller manger quelque part ? ». « Non, vraiment ça va. Mais si tu as faim… » me répond-t-elle souriante, détendue. J’ai soudain des images de Paris qui me reviennent. Quand nous marchions près dans le quartier de la Tour Eiffel. Juste au coin je vois l’enseigne de la Pension Itxasoa.

On ne peut pas rentrer. Je n’ai pas le courage de t’affronter. J’ai envie de tendresse. Ma bouche retrouve le chemin de l’oreille d’Alexia « Et si nous prenions une chambre là ? ». Je sens sa main qui serre la mienne. Son sourire s’élargit, ses yeux pétillent. Elle ne répond rien mais nous courons presque pour traverser la rue. Dieu merci ils ont des chambres libres.

Dans la jolie chambre nous ne voyons même pas la belle vue sur l’océan. Ce sera pour notre réveil demain matin. Nous ne voyons que le corps de l’autre, les draps blancs, ses yeux clairs, sa peau de lait. On fait l’amour, plusieurs fois, doucement, tendrement, comme de jeunes amoureux. Nous nous endormons dans les bras de l’autre. La mer ronronne dans le silence de la nuit. James, Nadia, Tony, Max , toi… Tout ça semble si loin.

à suivre…

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