Une maison pour 4 - Ep 14 _ Par CamilleC - Le Monde Sensuel d'Anna

Une maison pour 4 – Ep 14 _ Par CamilleC

Journal d’Alexia

Qu’est-ce qu’il va se passer derrière cette porte qui vient de se refermer ? Qu’est-ce qu’elle est lourde Carine qui se laisse quasiment porter. C’est un poids mort. Mort comme tu as l’air d’être Camille. On a l’air beaux comme ça avec une Carine encore ivre qu’on va prendre pour une pocharde et nous deux, lamentables à la supporter, à la porter.

Le froid me saisit il faut dire que je ne suis pas trop habillée. Cette robe, ce gilet jeté sur mes épaules et une paire de bas pour couvrir mes jambes. Camille a le regard perdu, dans le vague à regarder le trottoir. Carine a la tête penchée sur son épaule.

Pourquoi est-ce que je me sens seule ? Pourquoi j’ai l’impression que le temps s’est arrêté lorsque la porte s’est refermée. D’ailleurs qui suis-je moi vis-à-vis d’eux deux ? Une expérience, une aventure ? Une pute ?

Nous voilà enfin à la voiture, on monte Carine sur le siège arrière. Pendant le trajet, je regarde à la fenêtre et je vois la ville défiler, les autres voitures, les piétons sur le trottoir. Vers quoi courent-ils tous ? Vers où je vais ?

La main de Camille vient soudainement caresser mes cheveux. Ça me tire de ma léthargie et je tourne la tête vers lui. Si j’osais je lui demanderais « Tu vas me garder combien de temps ? » Je préfère ne pas répondre à cette question. La vie saura me répondre de toute façon. Nous arrivons à la maison. On extirpe Carine de la voiture et nous entrons.

 

Notre vie à quatre. Journal. Dimanche 23 octobre 2016. Jour 9 -fin-.

On a couché Carine. Puis on est resté en bas. Longtemps. A regarder la télé sans se dire plus de trois mots. Je regarde ma montre régulièrement. Les heures passent, mon angoisse grandit, la nuit tombe. Ni Alexia ni moi n’avons faim. Carine finit par émerger. Honteuse elle écoute avec stupéfaction ce dont elle ne se rappelle pas. Alexia raconte, elle ne lui épargne aucun détail. Au fur et à mesure Carine semble s’enfoncer dans le canapé.

Quand nous terminons notre récit elle s’inquiète : «Quelle heure était-il quand vous l’avez laissé ? » « Cela fait déjà 4 heures ! ». Moi aussi je m’inquiète. Nous voilà trois, silencieux, comme assommés, devant des programmes TV que nous ne suivons pas vraiment, guettant chaque bruit.

Finalement, vers 21H00 le bruit d’une voiture dehors. Et quelques secondes plus tard la porte d’entrée qui s’ouvre. Te voilà. Tu ne dis rien. Tu as l’air épuisée. Les yeux rouges. Nous n’avons même pas le temps de nous lever. Tu es déjà en train de monter l’escalier. « Bonne nuit » dis-tu d’une voix lasse. Nous te regardons, tu disparais de notre vue. La porte de ta chambre claque doucement. La journée est terminée.

 

Notre vie à quatre. Journal. Lundi 24 octobre 2016. Jour 10.

Carine partie ce matin très tôt, moi pas bien loin derrière, ce n’est que vers 19H30 que nous nous retrouvons tous les quatre à la maison. Avant que l’on passe à table, tu profites que nous soyons enfin tous ensemble pour enfin parler d’hier. Assise sur le fauteuil du salon tu as l’air grave.

« Je sais que vous attendez quelques explications sur la journée d’hier. Je ne vais pas vous donner de détails sur ce qu’il s’est passé après votre départ. Ceci ne concerne que Max et Moi. ». Nous nous regardons, sentons juste que tu n’en es pas sortie indemne. Presque 24 heures plus tard tu as toujours les traits tirés, la mine sombre, le regard vague.

Tu continues : « Sachez juste que Max est reparti à Paris et que vous n’aurez plus à le subir. Chapitre clos. Il a voulu obtenir un tête à tête avec moi, il l’a eu. Je suis désolée pour ce que cela vous a fait vivre hier ». Aucun d’entre nous n’a le courage de t’en demander plus. Nous sentons que cela te coûte.

Puis tu te redresses un peu et avec un peu plus d’énergie et une lueur dans les yeux tu nous annonces : « J’en profite que nous soyons tous les 4 ici réunis pour vous dire qu’après 10 jours je pense qu’il est temps que je reprenne la main sur ce qu’il se passe ici. Si Alexia s’est bien amusée ces derniers jours, toi Camille tu as pris des libertés que je trouve inacceptables. Partir au secours de ta bien-aimée samedi, discuter mes ordres hier… Cela ne va pas. Tu sembles oublier ton statut. Quand à toi Carine, je t’ai trop délaissé et je dois te redonner ta place, de complice, de piment, de partenaire. Hier c’est toi qui a subi l’outrage et ce n’est pas normal, cela aurait dû être toi Camille ou Alexia. ».

La tension est subitement montée d’un cran. « Bref, Vous vous rendrez demain soir à une adresse à San Sébastien. Tony, qui ne jure que par toi Alex, veut vous présenter à des amis. Je lui ai donné mon accord. Je compte sur une tenue irréprochable de mes soumis. ». J’ai pris la main d’Alexia. Je ne sais qui d’elle ou moi serre le plus fort la main de l’autre. Carine sourit, le regard figé sur toi, visiblement ravie de cette reprise en main. Je ne trouve rien d’autre à dire que « Très bien Margot. »

 

Journal d’Alexia

Je trouve que Margot a vite repris du poil de la bête. Je ne sais pas ce qui a bien pu se passer avec son tête à tête d’hier mais bon sang, je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression qu’on va trinquer. Camille tu reprends vraiment ton statut là. Un petit toutou, un petit chien, un soumis mais c’est ainsi que tu aimes être face à Margot, face à cette maîtresse femme.

Moi ? Je m’en pose des questions existentielles. Bien sûr j’ai accepté d’être ce que je suis. Ce jeu dans lequel je me suis imbriquée. Mon introspection me dit que je l’ai voulu, et pourquoi pas désiré ? Est-ce que ce n’est pas un alibi que de dire que je suis manipulée, que je suis mal considérée, que je sois un jouet, une poupée à baiser ? Est-ce qu’en fait, je n’aime pas ça ?

Tony qui ne jure que par moi a-t-elle dit. Je lui ai fait tourner la tête, je l’aurais presque à ma main mais je ne suis pas Margot, je n’ai pas ce caractère bien trempé. Je ne suis faite que pour être objet, chose. Si c’est ma nature pourquoi aller contre ? San Sébastien, une adresse, des gens. Pourquoi je ne me laisse pas porter ?

Nous allons passer à table, je ne sais pas si Margot nous donnera plus de détails sur ces gens, sur ce qui nous attend là-bas ? Elle ne nous a même pas dit si elle sera de la partie … Que d’inconnu et pourtant c’est comme une nouvelle aventure qui commence et qui laisse planer son lot de mystère.

Ma vie est un mystère et s’il fallait une preuve, ça serait sans doute une ultime question : Qu’est-ce que je fais ici ? Le silence, Camille muet, le nez plongé dans un magazine sans aucun intérêt. Carine qui le regarde, en coin avec ce petit sourire narquois au coin des lèvres. Je suis certaine que tu la vois, que tu la regardes en levant légèrement les yeux. Il y a des fois où on aimerait bien entrer dans la tête des autres et en deviner les pensées les plus secrètes. Margot, ta voix, ferme et autoritaire, même lorsque tu dis ces deux mots tellement banals« A table ! »

 

Notre vie à quatre. Journal. Mardi 25 octobre 2016. Jour 11.

Tu nous as laissé pour instruction d’être rentrés pour 19h00 afin que nous puissions être à notre rendez-vous à San Sé à 20h30. Quand j’arrive juste à l’heure tu n’es pas là, ni Carine d’ailleurs mais Alexia m’attend. Dans notre chambre des tenues nous attendent, tu as sorti mon plus beau costume, chemise blanche, cravate rouge.

Sur le lit Alexia trouve un ensemble en dentelles noir, une paire de bas et une magnifique robe noire dos nu. Le tout encore dans les sacs des boutiques les plus chics de la région. Une note écrite de ta main est posée sur le bureau : Hall de l’Hôtel Maria Cristina Tony vous attend dans le hall à 20h30. Soyez à l’heure. Ensuite obéissez à vos hôtes en toute circonstance.

Presque sans un mot nous nous préparons. Ton absence me rend nerveux. Pourquoi n’es-tu pas là ? Seras-tu présente là- bas ? Et puis le lieu de rendez-vous, le plus bel hôtel, si ce n’est le plus beau bâtiment de la ville, magnifiquement placé entre la plage et la rivière dans toute sa magnificence Belle-Epoque… Qui allons-nous retrouver dans un pareil endroit ? Je n’ose même pas en parler à Alexia qui ne connait pas les lieux de peur de la rendre encore plus nerveuse qu’elle n’est déjà.

Un peu avant 20h00 nous quittons la maison, sans la moindre nouvelle de vous. Alex est juste magnifique. Le trajet se fait dans un silence quasi absolu. J’ai l’estomac noué. Nous nous garons dans le parking souterrain juste à côté de l’hôtel un peu en amont. La ville est calme en cette saison. Il fait frais. Alexia s’est couverte d’une longue étole de cachemire.

Sur le quai de la rivière, l’air marin, vif, nous fait frissonner. Je lui prends la main. Je lui montre juste un peu plus loin, l’immense vaisseau illuminé. « C’est là-bas ? Ouah ! Vraiment ? ». Je lui fais juste « oui » de la tête et nous marchons serrés l’un contre l’autre presque seuls. Les nuages rendent la nuit très sombre et du côté de l’océan juste après le Maria Cristina et le dernier pont, on ne voit dans l’immensité qu’un peu du blanc de l’écume des vagues, la lueur faiblarde de quelques bateaux au loin et la silhouette cubique du Palais des Congrès posée sur la plage.

Après avoir gravi les quelques marches de l’entrée monumentale, le hall dans toute son opulence et éclairé de mille feux, dont un énorme lustre de cristal, nous ébloui. Je regarde ma montre, nous avons deux minutes d’avance. Dans un large divan beige dans le coin à gauche, un peu caché, en face de la réception, sous l’immense portrait de celle qui a donné son nom au lieu, je reconnais Tony qui nous attend, habillé très classe dans un costume à rayures et un long manteau.

Il sourit et nous fais signe de nous asseoir dans les deux beaux fauteuils qui lui font face. « C’est bien vous êtes à l’heure. Margot craignait que le timing soit un peu juste. Bien, vous êtes parfaits ». Il regarde Alexia avec les yeux brillants et un large sourire. Elle baisse les yeux gênée.

« Tout est arrangé. Ils vous attendent dans leur suite. C’est au dernier étage. J’espère que vous serez à la hauteur de leurs attentes. Vous n’avez qu’à suivre les instructions. Passez une bonne soirée. Dites seulement au garçon d’ascenseur que vous allez voir Mr Jones. Oh oui, j’allais oublier, quand vous aurez terminé, Camille, laisse Alexia à cette adresse, et toi Alex sonne à l’interphone au numéro 12. Pas besoin de l’attendre, on la ramènera chez vous. »

Il laisse l’adresse sur la petite table, se lève. « Bonne soirée ». Et le voilà déjà qui part vers la sortie. Nous restons assis là. Je regarde Alexia, lui prends la main et lui dis simplement : « Bon et bien je crois qu’on nous attend ».

à suivre…

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